Un bassin houiller d'exception

Le bassin du Couchant de Mons, dont fait partie le Rieu du Cœur, s'étend au sud et au sud-ouest de la ville de Mons, le long du sillon Sambre-et-Meuse. Le charbon y affleurait jadis, notamment dans la forêt Charbonnière, avant que les techniques d'extraction ne permettent d'atteindre des veines toujours plus profondes.

La région est devenue un véritable moteur de l'économie européenne. Dès les années 1820, la production du Borinage dépassait celle de pays entiers. Le charbon borain était exporté en France et en Flandre, alimentant les usines, les chemins de fer et les foyers domestiques de tout le continent.

"Le Borinage n'etait pas une peripherie industrielle : c'etait l'une des salles des machines de l'Europe moderne." Mémoire industrielle du Couchant de Mons
1 376 m Profondeur record
40 C Chaleur en galerie
20 000 Témoins en 1939

Le Puits n°2 de l'Épette : record de profondeur

Le Puits n°2 de l'Épette, situé sur le territoire de Quaregnon, est sans doute la réalisation la plus remarquable du charbonnage. Avec ses 1 376 mètres de profondeur, il détient le record du puits le plus profond de tout le Borinage. Une borne commémorative, toujours visible aujourd'hui, rappelle aux passants cet exploit technique.

Creuser à de telles profondeurs représentait un défi technique considérable : la chaleur augmentait avec la profondeur (atteignant parfois 40°C dans les galeries les plus basses), les risques de coups de grisou étaient constants, et le pompage des eaux souterraines nécessitait des machines de plus en plus puissantes. Les ingénieurs du Rieu du Cœur ont repoussé les limites de ce qui était techniquement possible à l'époque.

Les bâtiments du carreau de mine

Autour des puits d'extraction se développe un véritable complexe industriel : la salle des machines abritant les imposantes machines d'extraction à vapeur, la lampisterie où les mineurs récupéraient leurs lampes de sûreté avant la descente, les bains-douches construits pour améliorer les conditions d'hygiène des ouvriers, et les bâtiments administratifs — dont la Maison du Directeur, un édifice majestueux en briques rouges typiques du Hainaut.

Les molettes — ces grandes roues métalliques au sommet des chevalements — guidaient les câbles d'extraction et sont devenues le symbole iconique de l'activité minière. Leur silhouette se découpait sur le ciel borain, visible à des kilomètres à la ronde.

Le Nord du Rieu du Cœur et les terrils

Au nord de la concession principale, le site Nord du Rieu du Cœur comprenait d'autres exploitations, connectées aux Produits de Flénu et aux Charbonnages du Levant-Produits à Cuesmes. C'est dans cette zone que se dresse le célèbre terril de la Croix, surmonté d'une croix en béton de 18 mètres de haut et de 16 tonnes.

Cette croix a été inaugurée le 24 septembre 1939 lors d'une cérémonie grandiose à laquelle assistèrent 20 000 personnes. Érigée en mémoire des mineurs morts au travail, elle témoigne de la profonde ferveur populaire et de la solidarité qui unissaient les communautés minières.

L'apport des techniques modernes

L'industrialisation du Rieu du Cœur suit de près les avancées technologiques de l'époque. La lampe Davy, conçue pour prévenir les explosions de grisou, est introduite dans les galeries — non sans résistance de certains mineurs méfiants envers les innovations. Le développement des chemins de fer permet d'acheminer le charbon rapidement vers les marchés. Les machines à vapeur remplacent progressivement la force animale pour l'extraction et l'exhaure (le pompage des eaux).

Des liaisons ferroviaires relient directement le carreau de mine aux voies principales, permettant d'expédier le charbon vers Mons, Bruxelles et au-delà. Le Rieu du Cœur devient un maillon essentiel de la chaîne énergétique belge.

Van Gogh au Borinage (1878-1880)

C'est dans ce contexte d'intense activité industrielle que le jeune Vincent van Gogh séjourne dans le Borinage entre 1878 et 1880, d'abord comme évangéliste auprès des mineurs. Il vit à Pâturages, à Petit-Wasmes et à Cuesmes, partageant les conditions de vie des ouvriers. Profondément marqué par la misère et le courage des « Gueules Noires », c'est ici qu'il trouve sa vocation artistique.

On lui attribue notamment une aquarelle du Fief de Lambrechies, un site lié à la concession du Rieu du Cœur sur le territoire de Pâturages. Ce séjour borain est aujourd'hui reconnu comme le moment décisif de sa transformation d'évangéliste en artiste.

Le film « Misère au Borinage » (1933)

En 1933, les cinéastes Henri Storck et Joris Ivens réalisent le documentaire Misère au Borinage, qui expose les conditions de vie dramatiques des mineurs et de leurs familles après la crise économique. Ce film, tourné clandestinement, devient une œuvre majeure du cinéma documentaire mondial et un témoignage poignant de la réalité sociale du bassin minier.

Le Borinage y apparaît tel qu'il est : des terrils fumants, des corons entassés, des visages marqués par le labeur et la solidarité. Ce document historique contribuera à sensibiliser l'opinion publique aux conditions de vie dans les régions charbonnières.